Cas négatif de chikungunya en IDF : analyse rétrospective
26/07/2008 20:50 - Chikungunya Virus
Les autorités sanitaires françaises ont confirmé ce vendredi 25 juillet 2008 que l'habitante de Gennevilliers en région parisienne n'était pas infectée par le virus du Chikungunya. Cette confirmation officielle en contradiction avec les déclarations initiales de la patiente et de son médecin mérite explications.
La direction départementale des affaires sanitaires et sociales des Hauts de
Seine a été informée le 18 juillet par un Centre médico-social de Gennevilliers
d’un cas possible de Chikungunya chez une patiente d’une trentaine d’années.
Cette information alors non confirmée par les laboratoires spécialisés est diffusée
par le Nouvel Obs lundi soir, confirmée de vive voix par l'intéressée mardi matin sur RTL
et reprise par l'ensemble
des médias dans la journée même comme étant un premier cas avéré de chikungunya
en île de France.
Interrogé par nos soins mardi matin, le Ministère de la santé confirme un cas
suspect de chikungunya et décide "sous la pression médiatique"
d'effectuer des examens complémentaires le jour même. Les résultats qui nous
sont communiqués vendredi en fin de journée sont négatifs.
Avec le Dr Bernard-Alex Gaüzère, attaché d'enseignement des Universités en médecine tropicale (Université de
Bordeaux II) et membre du comité scientifique du centre de recherche et veille sur
les maladies émergentes de l'Océan indien (CRVOI), nous
revenons sur l'emballement médiatique autour de ce vrai-faux cas de chikungunya
et les mesures prises pour prévenir et gérer une épidémie d'arboviroses en France
métropolitaine.
- Un cas suspect de chikungunya a été signalé en Ile de France. Qu'en est-il exactement ?
Ce cas n'en est pas un. Les analyses biologiques des 7 et 24 juillet vérifiées
par l'Institut Pasteur ne le confirment pas.
- L'alerte au chikungunya n'est-elle pas réservée aux personnes séjournant ou ayant séjourné dans une zone où sévit le vecteur ou le virus ?
Non, le chik est devenu depuis 2006, une maladie à déclaration obligatoire (MDO)
en France, comme la dengue qui frappe les Antilles, la Guyane et le Pacifique.
- Le premier examen a-t-il révélé la présence d'IgM anti-chikungunya ?
En effet, le premier laboratoire a cru déceler la présence d'anticorps, signes
d'une infection au Chikungunya. Mais au Centre National de Référence des
Arboviroses de l'Institut Pasteur de Paris, seul centre habilité à vérifier s'il
s'agit ou pas d'un cas de Chikungunya (avec le Pharo de Marseille), les résultats
notent l'absence de ces anticorps. Le laboratoire est tombé sur ce qu'on
appelle un "faux-positif", et le médecin a fait une interprétation un
peu hâtive des résultats.
- Pourquoi le premier test a-t-il réagit favorablement à la présence du virus ?
Les premiers taux sont faibles et vont plutôt dans le sens de réactions
croisées ou de stimulation du système immunitaire par une autre infection. La
présence des IgM dans le sang n’est pas spécifique du chik, et peut être due à
d’autres maladies, voire à une réaction inflammatoire de l’organisme. D’autres
infections ou phénomènes inflammatoires sont capables de réactiver la
production d’IgM dits anti-chik.
- A-t-on la certitude d'une absence d'Aedes Albopictus en Ile de France et ailleurs qu'en Région PACA et en Corse ?
Oui, des captures effectuées régulièrement sur tout le
territoire national n'ont jamais permis de le retrouver en Ile de France. Il
n'empêche qu'Aedes Albobictus pourrait y être importé par inadvertance, ce qui
justifie par exemple les mesures de désinsectisation des cabines d'avion. La
surveillance ne doit pas se relâcher pour autant, les 2 aéroports parisiens
constituant des lieux d'importation de toutes sortes de moustiques exotiques.
Si on peut donc avec une quasi certitude éliminer la présence du virus dans
l'organisme de la patiente, l'absence du vecteur, ailleurs que dans le bassin méditerranéen
n'est pas pour autant établie de façon permanente et définitive.
Après avoir posé les pattes dans le Tessin au sud de la Suisse en 2002, l'Aedes
Albopictus a franchi les Alpes et a été repéré dans le nord du pays en Argovie
l'année dernière.
Alors ceux de Nice finiront bien par remonter sur Paris, avec sans le TGV, ce
n'est juste qu'une question de temps.
Jean-Hugues Mausy - 26/07/2008 20:50