Chikungunya : résurgence de l'épidémie à La Réunion


Publié le : 02/04/2025 à 19:00 | MAJ le : 02/04/2025 à 19:40


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Situation à La Réunion au 02 avril 2025 : 5.832 nouveaux cas de chikungunya, 20.242 au total

L'épidémie de Chikungunya est de nouveau en forte augmentation à La Réunion avec plus de 40% de nouveaux cas enregistrés par rapport à la semaine précédente. Pour la semaine 2025/12 (du 17 au 23 mars 2025), 5.832 nouvelles infections au virus ont été rapportées (contre 4.156 en S11) ce qui porte le total à 20.242 cas de chikungunya confirmés depuis le 23 août 2024 dont 20.099 depuis le début de l'année 2025.

Depuis le début de l'année, deux décès en lien avec le chikungunya ont également été rapportés. Il s’agit de deux personnes âgées de 86 et 96 ans, dont une présentait des comorbidités. Plusieurs décès sont actuellement en cours d’investigation quant à l’imputabilité du chikungunya.

Ces dernières semaines, 14 nouveau-nés ont été hospitalisés dans un service de soins intensifs pédiatriques ou de réanimation natale dont :

- 2 enfants admis en réanimation néonatale, à la suite d’une complication neurologique (encéphalite) liée à une transmission du virus de la mère à l’enfant à naître

- 12 enfants infectés plus de 7 jours après la naissance, sans lien avec une infection de la mère

Tous ces nouveau-nés présentaient des formes sévères, nécessitant une prise en charge en urgence en soins intensifs.
A ce jour, 17 autres cas graves (patient présentant au moins une défaillance d'organe) ont été signalés et concernent des adultes de plus de 65 ans.

Depuis le début de l'épidemie, c'est toujours la commune du Tampon qui est la plus affectée avec plus de 4.700 cas rapportés en 2025 dont plus de 800 en semaine S12. Cependant, en semaine 12, c’est la commune de Saint-Paul qui est la plus affectée avec plus de 900 cas recensés suivie des communes de Saint-Denis et Saint-Pierre (plus de 600).

Dans l'est, malgré un nombre de cas moins élevé, les communes de Saint-André, Saint-Benoit et Bras-Panon enregistrent une progression importante de la circulation virale.
Enfin, rapportée à la taille de leur population, les communes des Avirons, de l’Entre-Deux, de Petite Ile, de Saint-Joseph, de Saint-Leu et de Saint-Philippe enregistre également une progression de l'épidémie.

Répartition géographique des cas de chikungunya à La Réunion au 02/04/2025

Répartition géographique des cas de chikungunya à La réunion

Source : ARS/Santé publique France - La Réunion

Evolution du nombre de cas de chikungunya à La Réunion ces 5 derniers mois

Semaine : S44 S45 S46 S47 S48 S49 S50 S51 S52 S01 S02 S03 S04 S05 S06 S07 S08 S09 S10 S11 S12
Date bulletin: 14/11 22/11 28/11 05/12 12/12 17/12 24/12 31/12 07/01 13/01 20/01 27/01 04/02 11/02 18/02 25/02 05/03 12/03 19/03 26/03 02/04
Cas confirmés : 2 4 6 6 12 9 29 36 20 54 54 78 169 204 362 695 1.300 1.766 2.888 4.156 5.832
Total consolidé : 16 20 26 32 44 53 82 118 138 192 256 339 529 783 1.069 1.773 3.390 5.184 8.749 13.594 20.242

Evolution des cas de chikungunya à La Réunion du 23/08/2024 au 02/04/2025

Evolution des cas de chikungunya à La Réunion

Source : ARS/Santé publique France - La Réunion

Impact de l'épidémie du chikungunya sur le système de santé à La Réunion

Dans les hôpitaux, l’activité aux URGENCES poursuit sa hausse avec 484 passages pour motif "arboviroses" recensés depuis le début de l’année, dont 187 pour la semaine S12 (contre 125 la semaine précédente).

Evolution du nombre de passage aux urgences à La réunion

Source : ARS/Santé publique France - La Réunion

Le nombre de personnes HOSPITALISEES de plus de 24 heures poursuit son augmentation avec 129 cas enregistrés depuis le début de l'année (contre 82 en S11). Parmi ces cas hospitalisés, 113 étaient admis pour chikungunya, les 16 autres cas ont été confirmés en cours d'hospitalisation.
Un quart des personnes hospitalisées avait moins de 6 mois et près de la moitié (47%) avait plus de 65 ans. La plupart des patients hospitalisés (78%), présentaient au moins une comorbidité constituant un facteur de risque de forme sévère.

Une hospitalisation pour suivi de chikungunya au cours de la grossesse a été signalée chez 25 femmes enceintes et 17 nourrissons de moins de 6 mois ont été hospitalisés pour suivi court sans gravité associée (2 à 3 jours).

En MEDECINE DE VILLE, la tendance est également à la hausse depuis la semaine S05. En semaine S12, la part d’activité liée à la prise en charge des syndromes "arboviroses" en médecine de ville est en hausse de de 50% : 16% contre 12% la semaine précédente.
Cette augmentation est particulièrement visible à partir de la semaine S07 (2% de l’activité) et est plus précoce que la période 2018-2024 marquée par 4 épidémies de dengue.

Consultation pour chikungunya à La Réunion

Source : ARS/Santé publique France - La Réunion

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L'épidémie de chikungunya réapparait à La Réunion en ce début d'année 2025.

Trois premiers cas autochtones ont été enregistrés en août 2024 dans la commune de Saint Gilles les Bains. Après une concentration des cas dans l'ouest de l'île pendant plusieurs semaines (l'Ermitage, l'Etang Salé, Grand Bassin, la Ligne des 400, les 3 Mares les Bas), le virus s'est propagé à plusieurs communes dans l'ensemble de l'île en fin d'année 2024 (St-Joseph, St-Pierre, St-Paul, le Tampon, St-Denis, Le Port, St-Benoit, St-Louis, St-Leu et trois Bassins).

L'augmention du nombre de cas et la dispersion des foyers ont conduit le préfet de La Réunion, sur proposition du directeur général de l'ARS de La Réunion, à déclencher le niveau 3 d'un dispositif de gestion de crise, le lundi 13 janvier 2025, puis le niveau 4 le vendredi 14 mars

Le niveau 3 du dispositif ORSEC "Arboviroses" correspond à la circulation d’une épidémie de faible intensité, le niveau 4 de moyenne intensité et le niveau 5 à une épidémie massive, de grande intensité.

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Origine et caractéristique du virus

La maladie du chikungunya a été décrite pour la première fois en 1952 lors d'une flambée épidémique qui a eu lieu sur le plateau du Makonde dans la province du Tanganyika, dans le sud de l'actuelle Tanzanie.

Elle est caractérisée par de fortes douleurs articulaires, musculaires et une fièvre très élèvée. Le virus du chikungunya est rarement mortelle, sauf chez les jeunes enfants, les personnes immunodéprimées, agées ou déjà atteintes de pathologies graves.

Le nom de CHIKUNGUNYA qui signifie "marcher courbé" en langue makondée, provient de l'attitude voutée du malade due aux fortes douleurs articulaires et musculaires qui, dans la majorité des cas, disparaissent au bout de quelques jours, mais peuvent parfois perdurer pendant plusieurs mois voire plusieurs années.

 


Jean-Hugues Mausy

- Epidémie du chikungunya dans le monde de 2014 à 2017
- Publications scientifiques sur le chik et l'Albopictus